Cameroun: le cinéma se meurt

Cameroon, Central Africa — By AfricaTimes on May 10, 2012 7:42 pm

Les productions sont inexistantes sur le territoire national comme à l’extérieur pendant que des films étrangers progressent.

Entre 19h et 21h, les cinéphiles camerounais ont l’embarras du choix. Ceci, au regard des séries télévisées programmées dans les différentes chaînes du pays. Dès 19h 30, « La longue attente » diffusée sur Canal 2 International se dispute l’attention des téléspectateurs avec les « Rivales » qui s’affrontent sur Equinoxe Tv. Une heure plus tard, le public est de nouveau au rendez-vous avec « Rédemption » sur Canal 2 International. Entre temps, les abonnés de la Cameroon radio and television (Crtv) ont pu apprécier « La fille du jardinier ». Toujours sur la télévision nationale et juste après le journal de 20h30, place est faite à « Un palace pour deux ». La liste est loin d’être exhaustive. En effet, en l’espace de deux heures d’horloge, ce sont les feuilletons et séries étrangers qui abreuvent les téléspectateurs. Des séries qui dans la grande majorité, sont d’origine hispaniques (Vénézuélienne, brésilienne, mexicaine, espagnoles…). Très souvent, l’intrigue est la même.

« Des séries qui mettent en avant de bons comédiens, qui parviennent à toucher le grand public. Parce que, la conception est parfaite », soutient Isabelle, une fanatique de ces programmes télévisés diffusés en prime time. Pour le seul cas de Canal 2 International, l’on compte plus de huit séries diffusées ces quatre dernières années. De « La rue des mariés » en passant par « La belle-mère » et tout récemment « El diablo », ce sont les mêmes histoires romantiques, dramatiques et tragiques qui sont racontées du lundi au vendredi. En plus des films nigérians qui occupent une place de choix dans le marché cinématographique.

A croire que les cinéastes camerounais ont rendu leurs caméras. Et pour cause, seuls quelques rares feuilletons locaux sont diffusés sur nos chaînes. Le plus souvent, à l’insu de nombreux téléspectateurs qui ne suivent pas toujours. Parce que « nos films sont ennuyeux ! », déclarait alors Mathieu Félicien Essola Ntonga lors de la 3e édition des Rencontres audiovisuelles de Douala (Rado) tenue du 24 au 28 avril derniers.

Du haut de ses 30 ans d’expérience du film radiophonique, il soutient que, « ce que nous voyons sur nos écrans c’est du théâtre filmé et non du cinéma ». Est-ce pour cela que nos films n’ont aucune visibilité ? Gérard Essomba pense que oui. Et d’après lui, lorsqu’un film est mauvais, « il se retrouve tout simplement indigeste aussi bien ici qu’ailleurs. Celui que le public a découvert dans le film « Les coopérants de M. Arthur Cobeland », il y’a de nombreuses années poursuit, « la preuve est là ! Jusqu’ici, nos films ne parviennent pas à traverser nos frontières. Et on peut le comprendre car, ils ne sont déjà pas appréciés par les camerounais eux-mêmes ».

Formation

Dès lors la sanction est immédiate. « Lorsque le film n’est pas bien, le téléspectateur qui a le choix zappe et c’est une sorte de rejet psychologique qui foule au pied cet art dans notre pays », regrette Guy Parfait Songuè, politologue. Un pays dont le cinéma n’a encore de spécificités sur lesquelles on pourrait reconnaître nos films à l’extérieur, soutenaient alors des techniciens rencontrés. Même si pour l’heure les professionnels parlent de « théâtre filmé et non de cinéma », la majorité s’accorde à dire que la tendance peut être renversée. Il suffit selon eux, que les jeunes qui veulent embrasser la profession acceptent de se former. « Le cinéma camerounais est malade. Il faut savoir que tant que les professionnels ne vont pas comprendre que c’est une industrie et que la formation est importante, ça ne marchera pas », indique un formateur du centre professionnel de la Crtv.

Le manque de formation des personnes exerçant dans ce domaine apparaît alors comme l’un des problèmes que connaît la profession, en plus du manque de financement décrié par les uns et les autres. Mais à en croire Annette Angoua la directrice de l’Institut des beaux arts (Iba) de Douala à Nkongsamba, on peut avoir une belle histoire, beaucoup d’argent et faire un mauvais film. « Parce que n’ayant pas été formé au métier. Et c’est sans surprise que l’on retrouve sur le marché des films qui ne respectent aucun plan », souligne-t-elle. Et d’ajouter que, « Dire qu’on fait du cinéma, c’est apprendre et respecter les canons de même que le langage propre à ce secteur. Des notions et techniques essentielles qui s’acquièrent au bout d’un apprentissage ».

Comme quoi, la passion seule ne suffit pas. Pour l’heure, en plus du centre de production de la Crtv trois Instituts se chargent de former les jeunes aux métiers de l’audiovisuels au Cameroun. Seulement, regrette Annette Angoua, ils accueillent très peu de jeunes désireux de se former. « Alors que l’on a 5.000 candidats qui toquent aux portes du Cuss (ancien nom de l’actuelle faculté de médecine et de sciences biomédicales de l’université de Yaoundé I), l’on compte sur le bout des doigts ceux qui postulent pour les Beaux arts. Et c’est parce qu’ils ont raté les concours pour les écoles d’ingénierie. Du coup, la culture est reléguée à l’arrière plan », déplore l’enseignante. Gérard Essomba lui pense que, en plus de la formation, il est urgent que l’on écoute et qu’on donne de la visibilité aux jeunes qui débutent et qui ont du talent. Et cela ne va pas se faire si l’on continue à passer des films étrangers sur nos chaînes aux heures de prime time. « Des films qui affichent des noms qui n’ont aucune consonance avec Ndoumbè ou Essomba », note-t-il.

Source: Mutations

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