Guinée Bissau: La fête après la victoire de «Mambas»

Guinee Bissau — By AfricaTimes on July 30, 2009 12:35 pm

Les partisans du candidat victorieux, Malam Bacai Sanha, alias « Mambas », ont laissé éclater leur joie mercredi soir dans les rues de Bissau.

la liesse dans les rues de la capitale

la liesse dans les rues de la capitale

Déjà président par intérim en 1999 et 2000, le nouveau chef de l’Etat, élu avec plus de 63% des voix, a tendu la main à son rival malheureux Kumba Yala. Celui-ci a immédiatement reconnu sa défaite tout en préférant garder son statut d’opposant. Cette élection, qui s’est déroulée sans irrégularités majeures selon les quelque 150 observateurs internationaux, est censée

apporter un peu de stabilité dans ce pays d’Afrique de l’Ouest secoué depuis plus d’une décennie par les violences politiques et fragilisé par le trafic de cocaïne sud-américaine. Effervescence sur la place des héros de la Nation, devant le siège du PAIGC, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-vert. Les militants n’étaient pas près d’aller se coucher. Ils bloquaient les rues et chantaient, dansaient à la gloire de leur candidat Malam Bacai Sanha. Mais la pluie, vers 23h, a eu raison des plus frileux, les plus timorés se réfugiant dans les bars alentour. Selon les résultats provisoires annoncés par la commission nationale électorale mercredi matin, « Mambas », comme on le surnomme ici, sera le prochain président de la Guinée-Bissau. Il a obtenu 63,31 % des voix.

Fatou Dramé, 18 ans, et ses copines comptaient bien veiller tard. « Je vais rester jusqu’à minuit car mon parti a gagné, je suis très contente », dit-elle avant de retourner écouter la star locale Justino Delgado, présent sur l’estrade où quelques heures avant, Malam Bacai Sanha s’était adressé à ses partisans. A mobylette, à pied ou en voiture, avec un tee-shirt ou portant un drapeau au couleur du PAIGC vert-jaune-rouge, tous se congratulaient, se prenaient dans les bras, de la ministre de l’Agriculture au simple partisan. Certaines ministres n’ont pas hésité à esquisser quelques pas de danse. Itou Joseph Gomes, 31 ans, faisait partie aussi de la foule qui, depuis le matin, n’a pas désempli cette place située en plein centre de Bissau : « c’est un grand jour pour moi et puis je sais que le mandat de Malam va changer quelque chose ».

Objectif : la stabilité politique

Une heure à peine après l’annonce des résultats, Kumba Yala est venu au siège de son parti, le Parti de la Rénovation sociale, le PRS, accepter sa défaite. Devant des militants agglutinés aux fenêtres, Kumba Yala, avec son traditionnel bonnet rouge dont la couleur est un peu passée, a lancé : « comme nous sommes des démocrates, c’est notre devoir de respecter la démocratie, de respecter la volonté du peuple et le peuple s’est exprimé ».

Pourtant, il ne s’attend pas à des merveilles pour ce mandat du PAIGC. « Le PAIGC nous a dirigé pendant 35 ans et ce n’est pas maintenant qu’il va faire des miracles ». Au siège du PRS, les militants accusaient le choc. La tristesse et la déception se lisaient sur leurs visages, ils ne voulaient même plus parler.

« Hora Tchiga ». C’était la devise de la campagne de Malam Bacai Sanha. « C’est l’heure », l’heure de la revanche. En 2000, Kumba Yala l’avait emporté au 2e tour face à Malam Bacai Sanha avec 72 % des voix. Une revanche qu’il a savourée amplement en s’adressant plusieurs fois dans la journée à la foule de supporters venus le voir. Dans la grande salle de conférence au siège du PAIGC, sous le portrait bienveillant d’Amilcar Cabral, le fondateur du puissant parti, Mambas a fait sa déclaration… et a tendu la main à son adversaire.

« Le peuple n a pas confiance en la classe politique. J’espère que cette élection va changer cela », explique-t-il. « Kumba Yala a montré que nous avons changé le scénario politique car il a reconnu sa défaite ». Tonnerre d’applaudissements, des femmes, dont une avec des sardines en guise de boucles d’oreille, se mettent à danser. Puis Malam Bacai Sanha assène : « il y a deux vainqueurs : la démocratie et le peuple bissau-guinéen. J’invite Kumba Yala et les autres candidats à nous rejoindre pour qu’ensemble nous travaillions au renforcement de la nation. Ensemble nous allons œuvrer pour la prospérité de la Guinée-Bissau ».
Dans le mémorandum d’entente, mené par les Nations unies et l’Union africaine, signé à la veille du deuxième tour, il est question de reconnaître la défaite pour le perdant et de faire un gouvernement inclusif pour le gagnant. A cette question posée par RFI, Kumba Yala a répondu mercredi : « nous ne pouvons pas soutenir le gouvernement. Notre parti, c’est l’opposition. Ce que nous voulons, c’est augmenter notre force parce que nous voulons gagner les prochaines législatives ». Pourtant, les deux hommes se sont entretenus au téléphone, le vaincu félicitant son adversaire pour sa victoire, le vainqueur lui rétorquant : « nous allons nous rencontrer pour discuter de la situation du pays. Hier nous étions adversaires, aujourd’hui nous sommes une même famille ».

La grande leçon de cette élection, c’est le ras-le-bol des électeurs. Même si le taux d’abstention est légèrement inférieur pour ce deuxième tour, 39% contre 41 % au premier, le futur gouvernement ne devra pas oublier de travailler pour et avec la population. Même la CEDEAO a constaté la lassitude des électeurs.

Le mouvement de la société civile souhaite désormais que le gouvernement organise une grande conférence inter-bissau-guinéenne. « On va réclamer surtout la vérité, l’application des lois, la justice. Il est nécessaire que toutes les parties parlent de leurs vrais problèmes », a indiqué Mamadou Keita, porte-parole du mouvement.

En attendant de voir si Malam Bacai Sanha arrivera au terme de son mandat, ce qui serait une première pour un président en Guinée-Bissau, Diafai, une jeune femme, espère juste que le pays « va sortir de ce climat de violence ». Le pays vient de traverser une vague d’assassinats dont celui de l’ancien président, Nino Vieria. « Il faut que le pays commence à se développer, et pour cela on a besoin de pays et de stabilité », conclut-elle.

RFI.

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