Nigéria: après l’ère du pétrole, la terre?
Economy, West Africa — By AfricaTimes on April 17, 2009 3:48 pmL’ère du tout pétrole s’achève au Nigeria. Les autorités, soutenues par des investisseurs privés, ont décidé de mettre le paquet sur l’agriculture : un milliard d’euros pour refaire de ce pays un géant agricole, à l’abri des crises alimentaires.
“Nous n’avons jamais vu cela ! C’est une première !” Les agriculteurs nigérians ont de quoi se réjouir. Fin mars dernier, le gouvernement, avec l’aide du secteur privé, a réussi à mobiliser 200 milliards de nairas (environ 1 milliard d’€) pour financer le secteur agricole.
Priorité à la construction de pistes rurales et de silos de conservation des produits, à la formation des agriculteurs, à l’achat de tracteurs, au crédit aux producteurs… etc. Un mois plus tôt, l’État fédéral avait distribué gratuitement 850 000 t d’engrais et des insecticides aux cultivateurs à travers tout le pays. Ces initiatives s’inscrivent dans une vaste politique de relance agricole destinée à préserver le pays des crises alimentaires.
Déficit pétrolier
À l’origine de cet engagement sans précédent des autorités nigérianes, la série de crises traversées par cet État de 920 000 km2 qui dispose de 79 millions d’hectares de terre arable. La chute des cours mondiaux du pétrole depuis 2008 (de 150 $ à 42 $ le baril), principale source de devises du pays, a creusé un fort déficit des finances publiques. Celles-ci avaient déjà été mises à mal par les violences dans le Delta du Niger, la riche région pétrolifère du Sud, qui ont entraîné une baisse de 30 % de la production nationale d’or noir depuis 2006. La crise alimentaire de 2008, liée à la hausse des prix des denrées, n’a fait qu’affecter davantage la fragile santé de l’économie nigériane.
L’État fédéral a donc commencé à investir beaucoup plus dans l’agriculture qui assurait 70 % du Produit national brut (PNB) avant le boom pétrolier des années 70. Dès 1999, l’ancien président Olusegun Obasanjo décidait de rompre avec la forte dépendance de son pays au pétrole en diversifiant l’économie par la restructuration du secteur bancaire, la libéralisation de la filière des télécoms, etc. Pour soutenir le secteur agricole, il avait fait prendre des mesures plus strictes pour interdire l’importation de certains produits agro-alimentaires (huiles, riz, produits à base de café et de cacao, etc.), redémarrer la banque de développement agricole, négligée sous les régimes précédents.
Son successeur, Yar’Adua, élu en 2007, creuse le même sillon, en mettant entre autres l’accent sur la recherche agronomique. L’objectif est d’accroître la production pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et exporter les surplus. Le Nigeria s’emploie désormais à encourager la production de céréales (maïs, riz) et des tubercules et racines (manioc), qui forment la base de l’alimentation.
“Nous n’avons plus de souci à nous faire”
Malgré la crise, Charles Chukwuma Soludo, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, reste optimiste. “Le défi de l’agriculture sera relevé par le secteur privé surtout les banques qui, dans le passé, étaient frileuses à soutenir le secteur agricole, considéré comme à risques”, assure-t-il. Jim Ovia, directeur de Zénith Banque à Lagos, se réjouit du partenariat entre les secteurs public et privé. “L’agriculture est source de devises, reconnaît-il. Le Nigeria a le potentiel naturel et humain nécessaire au succès de ce secteur. Voilà pourquoi nous nous associons à cette relance en réduisant le taux d’intérêt sur les prêts aux agriculteurs de 23 à 7 %.”
Depuis quelques mois, les producteurs peuvent bénéficier de crédits allant d’un à dix millions de nairas (environ 5 000 à 50 000 €) pour l’achat de semences, le recrutement de main d’œuvre, etc. Plus de 50 000 km de pistes rurales ont été construits ou réhabilités en un an. “Depuis que le gouvernement nous appuie, nous n’avons plus de souci à nous faire. Regardez nos pistes, elles sont bonnes ! Nous pouvons dorénavant écouler sans grandes difficultés nos marchandises”, lance, joyeux, Lukman Dada, président de l’association des agriculteurs d’Attan, dans l’État d’Ogun, au sud-ouest du pays. En outre, un vaste programme d’irrigation de plus de 2 millions d’ha de terre est en cours dans les grandes zones de cultures du Nord et du Sud-Ouest.
Les premiers résultats de ces efforts devraient se faire sentir d’ici quatre mois. Les Nigérians attendent, impatients.
(Syfia Nigeria)






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